
La Ville s’apprête à se doter d’un plan de gestion de ses espaces verts. Et, pour le mettre en œuvre, à adopter résolument la gestion différenciée. Il s’agit d’une nouvelle méthode d’entretien des ressources végétales, en se réappropriant par exemple des techniques ancestrales. Une approche sur-mesure, respectueuse de l’environnement et adaptée à chaque type d’espaces. Les services municipaux engagent cette nouvelle stratégie de biodiversité pour mieux protéger, développer et valoriser le patrimoine naturel. Et ainsi répondre au mieux au défi écologique que constitue la nécessaire transition environnementale.
La gestion différenciée peut être apparentée « au juste nécessaire », ou « comment aller vers plus de frugalité ». L’idée est de classer chaque lieu concerné et d’y adapter une méthode spécifique : la fréquence et le type des interventions, les machines utilisées... La gestion différenciée permet ainsi d’aménager durablement, d’entretenir efficacement et de valoriser et de pérenniser les espaces verts de façon raisonnée. Elle s’appuie sur des méthodes comme la fauche tardive (moins fréquente), la tonte partielle, la protection bio intégrée, l’écopâturage...
Au fil des années, le métier et le rôle de « jardinier » ont évolués passant essentiellement d’une activité rurale et utilitaire à des pratiques urbaines, esthétiques et écologiques. « Les besoins ont évolué et les attentes de la société également, avec notamment une génération qui a une forte conscience écologique, explique Jean-Pierre Orange, responsable du service municipal des espaces verts. On passe aujourd’hui d’une gestion standardisée des espaces verts à une gestion différenciée. En d’autres termes, d’une logique de contrôle à une logique d’accompagnement de la végétation. Il s’agit d’accompagner les cycles naturels des saisons, les phénomènes naturels comme celui de l’humus, de l’eau… ».
La gestion différenciée, parfois appelée raisonnée ou durable, est une méthode d’entretien et de gestion des espaces verts plus respectueuse de l’environnement. Aujourd’hui, la collectivité entre dans un schéma de pensée vertueux, avec la mise en place de nouvelles pratiques durables qui améliorent la qualité de vie. La gestion différenciée agit comme un curseur. Les méthodes sont adaptées selon la zone. Il y a trois ans, les services de la mairie ont réalisé à cet effet un inventaire détaillé des surfaces vertes. Elles sont classées des espaces très horticoles (massifs d’embellissement, jardin fleuri comme celui du square Pierre Semard...) aux espaces très naturels (jardin naturel, jachère agricole, espaces boisé et forestier…) tel le domaine du Clos vert. En passant par les massifs arbustifs, les accompagnements de voirie, les espaces champêtres. Sans oublier les prairies, la trame bleue (le réseau de mares, le bois de Sauceux, le lac de la Médecinerie, les milieux humides…), les zones naturelles à protéger, à valoriser.
Le plan de gestion va entrer progressivement en application dans les mois à venir. Il sera accompagné d’une forte communication afin d’informer et sensibiliser la population à ses enjeux et ses bienfaits, afin qu’elle se les approprie. Il ne s’agit cependant pas d’une révolution. Dès 2016, les serres municipales ont adopté la PBI (protection biologique intégrée). En 2017, la loi Labbé a interdit l’utilisation des pesticides dans les espaces publics. La Ville a, au fil des ans, modifié ses façons de cultiver, de gérer et d’entretenir ses espaces verts. Elle a emprunté ce chemin écoresponsable en laissant la végétation se développer dans certaines zones (les jachères fleuries par exemple). Offrant ainsi à la faune nourriture et habitat.
Le service municipal des espaces verts a également réduit la fréquence de la tonte systématique des surfaces enherbées. Cette pratique conduisait à appauvrir la biodiversité du milieu, développait peu de services écologiques et était peu utile pour la faune. En réduisant les tontes et autre interventions motorisées on a aussi réduit les pollutions, l’impact carbone. Dans le même ordre d’idée, hormis les massifs, les jardiniers municipaux ne bêchent quasiment plus car cela détériore les sols. Dans la même logique le recyclage est systématiquement privilégié. La terminologie évolue aussi. Concernant le broyage, les copeaux ne sont plus des déchets verts mais des produits verts recyclés. Ils peuvent être réutilisés sur les massifs arbustifs pour conserver l’humidité des sols et favoriser l’activité microbiologique.
« Le plan de gestion marque un tournant important, poursuit Jean-Pierre Orange. Nous sommes dans un contexte économique, social et environnemental où la demande des administrés a évolué. Ce qui était valable dans les années 80-90, l’embellissement et le fleurissement à tous crins, n’est plus la boussole. Les gens sont connectés à quelque chose de plus naturel ». Et d’ajouter : « nous remettons en question notre rôle, nos compétences, notre savoir-faire. L’art du jardin évolue. Nous donnons davantage de sens à notre action. Saran a un patrimoine naturel très important et diversifié. Nous avons le devoir de préserver et transmettre ce patrimoine vert ».
Cette gestion intelligente d’un lieu, plus en adéquation avec sa fonction, permet de retrouver des floraisons disparues, une faune qui avait déserté les lieux, favorise le maintien et le développement de l’écosystème. La mise en place du plan de gestion s’accompagnera d’une pédagogie à l’environnement. Dans ce sens le travail des jardiniers municipaux est un modèle. Ainsi, le travail des jardiniers municipaux favorise l’écocitoyenneté pour le public qui les voit ou leur parle au quotidien.
Pour conclure, la gestion différenciée est tout sauf une gestion abandonnée, c’est une gestion raisonnée, réfléchie et surtout assumée pour les générations actuelles et futures
En déambulant sur la commune vous avez sûrement remarqué sur le site de la future régie agricole du Clos Vert ou sur la plaine de la Caillerette, la présence de moutons. Ce mode d’entretien écologique des espaces verts basé sur le pâturage d’animaux herbivores a été adopté par la Ville en 2019. C’est un fauchage naturel qui permet aux plantes d’accomplir leur cycle biologique et préserve des niches écologiques. Il s’agit d’une alternative écologique à la gestion mécanique et phytosanitaire des espaces verts. Les moutons contribuent à l’entretien naturel de plusieurs terrains et participent à la transition écologique de la commune. Faite par des « tondeuses à quatre pattes », selon une pratique ancestrale, cette gestion douce du paysage préserve la biodiversité. L’écopâturage est une opportunité de créer du lien social et de sensibiliser le public à la gestion écologique des espaces verts.
L’information aurait pu être notée sur le « Carnet de route » des naissances dans ce numéro de Repères (page 23). Courant janvier, une des brebis installée dans l’enclos du Clos Vert a donné naissance à des agneaux (race Suffolk). Preuve que leur adaptation dans cet environnement se passe à merveille. Nul doute qu’ils reçoivent déjà de nombreuses visites des promeneurs, et des enfants du centre de loisirs Marcel Pagnol adjacent.
La végétalisation des allées du cimetière des Ifs est en cours. Deux carrés ont été réalisés en 2025 et l’action se poursuit. Cette gestion raisonnée consiste à remplacer progressivement le stabilisé par du gazon. L’engazonnement verdit le paysage et constitue des avantages pour le travail des agents municipaux. Il est plus facile et plus rapide de tondre que de désherber. Le cimetière du Bourg a également 100 % de ses allées végétalisées. Les allées du cimetière des Aydes sont pour leur part engazonnées depuis quelques années.
« Notre métier évolue tout le temps par rapport aux pratiques et à la gestion. Sur le terrain la gestion différenciée c’est adapter l’entretien du végétal selon le site. On fauche moins à certains endroits. Sur d’autres, on laisse croître le végétal, les insectes. Avec la fin des pesticides, là où on intervenait deux fois par an, on passe plus souvent. Nous sommes passés du chimique au mécanique et au manuel. La nature reprend ses droits, comme par exemple le retour des coquelicots au cimetière du Bourg ». Et plus loin : « L’embellissement de la ville a évolué avec le changement climatique. De nouvelles plantes et fleurs arrivent ». Et de glisser un mot sur l’arrosage. « On se doit de montrer l’exemple, d’autant qu’on demande à la population de faire un effort. Dorénavant on adapte l’arrosage aux plantes. Certaines fleurs grandes consommatrices d’eau comme l’hortensia, font l’objet d’une gestion particulière ».
RALF SOUCHET, chef d’équipe des jardiniers du secteur nord
« Le pli de la gestion raisonnée a été pris dès 2016 quand la Ville, afin de remplacer les insecticides chimiques, a mis en place la protection biologique intégrée (PBI) pour ses serres. Il s’agit d’une méthode de lâcher d’insectes auxiliaires (petites coccinelles, guêpes...) qui limite la prolifération des insectes suceurs (pucerons, cochenilles…). C’est une façon d’en réguler la population et d’en limiter l’impact de nuisibilité de manière naturelle, constante et efficace. Dans une logique de gestion différenciée nous avons un champ de chrysanthèmes comprenant une bande non fauchée. Ce dispositif favorise d’autres floraisons, la présence d’insectes, le retour à un biotope complet ».
JULIE AVELINE, agent horticole aux serres municipales qui produisent chaque année 20 000 plantes